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17.08.2009
I CANTIQUE DES CANTIQUES
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ANTIQUE DES CANTIQUES
LE PLUS BEAU POEME D'AMOUR

Jean-Marc BOT Une lecture spirituelle du Cantique des Cantiques (Editions de l'Emmanuel)
Le Père Jean-Marc BOT est Vicaire épiscopal et membre du conseil presbytéral de l’évêché de Versailles Il est Curé de la paroisse St Louis, église cathédrale de l’évêché de Versailles. La prière est une relation intime entre deux êtres qui s'aiment. Comme l'ensemble de la Bible, le Cantique des Cantiques nous présente cet engagement réciproque de Dieu envers nous et de nous envers Dieu. Chef d'oeuvre littéraire, il élève au sommet l'image nuptiale d'inspiration religieuse: le plus beau poème d'amour humain est aussi le plus beau message d'amour que Dieu ait voulu adresser à l'humanité tout entière. L'auteur, le Père Bot, nous introduit aux mystères de l'alliance, du mariage, du célibat, de l'eschatologie. Il nous donne surtout un guide sur le chemin de l'oraison et de la méditation. Puisant ses sources dans l'exégèse, la théologie et la spirualité, il nous fournit des clés de lecture indispensable pour la compréhension juste et équilibrée de ce texte dont l'interprétation a été trop souvent édulcorée ou même détournée. Il nous permet de vivre une authentique expérience contemplative.
PREMIER POEME
| PROLOGUE 1. Cantique des Cantiques, de Salomon. PREMIER POEME 5. Oui, je suis noire et belle, filles de Jérusalem : mon corps a la noirceur des tentes de nomades, sans perdre la beauté des voiles de parade. |
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PROLOGUE
2. Ah ! qu'il me donne enfin des baisers de ses lèvres. Tes caresses ont un goût plus grisant que le vin,
3. et sublime est l'odeur que forment tes parfums. Ton nom ruisselle au coeur comme une huile de paix. Les filles ont bien raison de t'aimer à jamais.
4. Prends-moi dans ton sillage et nous allons courir. En son intimité, le roi m'a fait venir. Tu seras notre danse, en toi notre allégresse ! Louons mieux que le vin le goût de tes caresses ! Comme il est naturel d'être amoureux de toi !
Ce verset, qui introduit tout le Cantique des Cantiques, exprime le condensé de toute l'espérance chrétienne, et pré-chrétienne, dans sa dimension la plus intime : « Que Dieu se donne à moi concrètement, sans intermédiaire, comme un amoureux embrassant sa bien aimée ! ». Avant le Christ, le peuple élu aspire à l'arrivée du Messie, par lequel Dieu se donnera enfin, sans les intermédiaire de la Loi et des Prophètes. L'âme chrétienne et d'une certaine manière, toute âme droite, désire intensément être touchée par Dieu dans une véritable expérience mystique (mystique = contact expérimental avec le Mystère de Dieu). Le Dieu qu'elle attend est d'abord le Christ ressuscité. Puisqu'il s'est désigné lui-même comme l'Epoux (Mat 9, 15), il invite toute personne humaine à devenir spirituellement son épouse bien-aimée, au sein de l'Eglise (Personne collective de l'Epouse). Le lieu privilégié de ce « mariage » est la communion eucharistique : elle réalise le baiser du Christ pour l'âme qui l'adore. Par le Christ, c'est aussi la SainteTrinité qui s'engage dans cette union intime : le Père qui embrasse (qui donne), le Fils qui est la bouche (les lèvres), l'Esprit-Saint qui est le baiser du Père et du Fils (la grâce reçue au fond du coeur). Enfin le désir d'union mystique s'étend à tous les moments de la vie, aux Noces éternelles après la mort, à la venue glorieuse du Fils à la fin des temps. Seule la prière continuelle permet de comprendre et de vivre le langage de cet amour passionné pour le Seigneur.
Tes caresses ont un goût plus grisant que le vin,
L'union mystique est ici comparée à l'ivresse. Lorsque l'âme rencontre Dieu dans une infusion de l'Esprit-Saint, elle éprouve tôt ou tard une émotion intense. Elle goûte soudain comme le Seigneur est bon. La sagesse d'amour qu'elle reçoit lui donne une audace folle pour affronter l'existence ordinaire et les situations extraordinaires. Les caresses de Dieu sont les signes concrets de son amour pour nous. A nous de les rechercher dans notre vie, et d'en rendre grace. A la pentecôte, on a pu croire que les chrétiens remplis de l'Esprit-Saint étaient pleins de vin doux ! Aux noces de Cana, Jésus change six cents litres d'eau en excellent vin. A la Cène Il change le vin en son sang versé pour le salut du monde. En goûtant à cette ivresse spirituelle, l'homme purifie son goût pour ne plus chercher que le goût de Dieu en tout. Cette ivresse anti-drogue est la seule qui ne nous remplit pas de nous-mêmes, mais nous libère pour les autres et pour Dieu. Saint Paul recommande aux chrétiens de n pas se saouler (= se droguer) mais de s'enivrer de l'Esprit du Christ (Ep 5, 18) Dans ce domaine, il n'y a pas de risque d'overdose !
et sublime est l'odeur que forment tes parfums.
En termes symboliques, les odeurs signifient les vertus morales et spirituelles. Dans le langage courant, on dit bien que l'orgueilleux est « puant »! Tous les vices dégagent une espèce de puanteur. La bonne odeur du Christ, au contraire, est composée de ses multiples vertus, surtout son humilité, sa douceur, sa pureté, etc. Il s'en dégage une odeur unique, l'odeur de sainteté de l'Unique, reconnaissable entre toutes. L'âme amoureuse du Christ devient sensible à cette trace parfumée. Elle acquiert un odorat spirituel. (De même pour les quatre autres sens : purifiés par la foi, l'espérance et la charité, ils se mettent au service d'un « sixième sens », qui est celui de l'homme spirituel, et non plus psychique ; dans la tradition, ce sixième sens correspond au « discernement des esprits »).
Ton nom ruisselle au coeur comme une huile de paix.
Le nom du Bien-Aimé est l'Amour. Saint Jean nous dit lui même que Dieu est Amour. Mais il le dit grace à la révélation de l'amour apportée par le Christ. Pour le chrétien, cet Amour prend donc le visage unique de Jésus. Le nom de Jésus occupe désormais la place du nom sacré et ineffable qui évoque Dieu de manière mystérieuse. Le nom de Jésus descend dans le coeur qui écoute sa parole et adhère à ses commandements. Peu à peu, à la mesure de l'amour qui répond au sien, Jésus pénètre spirituellement dans le fond de l'âme pour lui donner une force douce, paisible et joyeuse. Elle ne se lasse plus de redire ce Nom pour rejoindre sa présence secrète. Vin, parfum, huile : les trois images peuvent alors faire penser à l'ébauche d'un progrès. Au départ, l'ivresse de la première émotion ; ensuite, la persévérance dans les solides vertus, comme la persistance du parfum ; et finalement, l'accès à la profonde oraison contemplative, dans l'écoute et la répétition du Nom qui coule comme l'huile parfumée au plus profond du coeur.
Les filles ont bien raison de t'aimer à jamais.
Aucune jalousie dans l'amour de l'épouse ! Au contraire, elle s'ouvre généreusement aux autres. C'est que son Epoux est l'Universel en même temps que l'Unique. Elle ne peut pas l'aimer sans aussitôt désirer que tout le monde l'aime avec elle et comme elle. Elle n'est pas la préférée pour se faire valoir, mais pour entraîner toutes les nations, toutes les âmes derrière elle. En ce sens elle a une vocation sacerdotale et missionnaire. C'est spécialement la grâce de Marie : elle ne s'appartient pas, elle n'a rien pour elle seule, mais une surabondance à communiquer de la part de Dieu.
4. Prends-moi dans ton sillage et nous allons courir.
Suivre le Christ sur le chemin de la sainteté est une entreprise humainement impossible. Pourtant l'épouse-disciple est impatiente d'avancer, d'accélérer, de courir. Pour un peu, elle croirait que l'on peut arriver au but du jour au lendemain ! Elle sait qu'elle a besoin de l'entraîneur divin. Elle sait que, sans la grâce, elle n'est capable que de faire du sur place, ou de retourner en arrière. Il lui reste peut-être à découvrir combien cette attirance est douce, délicate, infiniment respectueuse de sa liberté, comme un parfum subtil. Avant de courir vraiment, ne serait-il pas plus réaliste de commencer par marcher à petits pas, puis de plus en plus vite ? N'est-ce pas cela l'entraînement progressif et pédagogique ? Mais le Bien-aimé se réjouit sans doute de ses ardents désirs. Dans le pluriel de « courons », il ne suffit pas de voir le duo Epoux-épouse. Il faut englober également « les filles », compagnes de l'épouse, comme on l'a dit au vers précédent. Dans la communion des saints, toutes les âmes s'entraînent les unes les autres à suivre le Christ, « attirée par l'odeur des parfums » (selon l'expression fréquente des anciens commentaires). L'Eglise est celle qui suit le Christ, en disciple fidèle. La Vierge Marie est la seule à courir au rythme de Dieu sans aucune résistance.
En son intimité, le roi m'a fait venir.
Surprise ! Aussitôt dit, aussitôt fait ! On ne s'attendait pas à ce que le but soit atteint si vite. Mais est-il vraiment atteint ? L'intimité de Dieu n'est jamais entièrement partagée. Ses appartements, son cellier, sa cave de bons vins, sa chambre royale : toutes ces images sont présentes ici. Elles évoquent ce sanctuaire secret où l'âme est invitée à pénétrer par l'union mystique. En réalité, nous verrons que cette expérience évolue dans le temps. Avant la mort, elle n'est jamais achevée. On va d'intimité en intimité, de grâce en grâce, de gloire en gloire, vers un sommet d'union chaque fois plus haut et encore nouveau. C'est Dieu qui garde l'entière initiative de cette course ascensionnelle. Il est bien le Roi, au sens absolu, le Roi du pur Amour. Ce qui est certain, c'est qu'il veut exaucer, au-delà de tout espoir, les désirs fous de ceux qui l'aiment par dessus tout. Et il ne tarde pas à le faire comprendre, d'une manière ou d'une autre. L'Eglise est la communauté sainte où chacun peut avoir accès à l'intimité divine, s'il utilise les moyens qui sont à sa disposition (sacrement, prière, vie fraternelle, Parole de Dieu, etc.). La Vierge Marie, au coeur de l'Eglise, ne cesse d'habiter dans l'intimité divine la plus profonde.
Tu seras notre danse, en toi notre allégresse ! Louons mieux que le vin le goût de tes caresses !
Là encore, l'Epouse n'oublie pas de partager son enthousiasme avec tous les autres qui voudraient se joindre à elle. Sa contemplation mystique prouve son authenticité dans cette ouverture constante sur l'humanité entière. Dans tout le Cantique, il en est ainsi : la plus grande intimité amoureuse n'est jamais exclusive ; au contraire, elle pousse irrésistiblement à la plus large invitation, ou, si l'on veut, à a plus large « évangélisation ». Ici, la fête devient célébration liturgique totale : corps et âmes sont emportés dans la même jubilation. Le culte divin n'est pas triste ! On y retrouve les deux nuances qui marquent le début du Magnificat : joie extériorisée (« tu seras notre danse », « mon âme exalte le Seigneur »), et joie plus intériorisée (« en toi notre allégresse », exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur »).
MAGNIFICATMon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! |
Comme il est naturel d'être amoureux de toi !
Dans la traduction littérale classique (Bible de Jérusalem), on a l'impression que l'amour redevient brusquement « raisonnable » Il est vrai que l'itinéraire spirituel ouvert par le Verbe incarné comporte une sage folie, une sobre ivresse, un enthousiasme maîtrisé. Mais, plus profondément, il s'agit d'une sorte de loi naturelle sur laquelle se greffe l'ordre de la grâce. Qu'est-ce à dire ? Tout simplement que l'univers entier est orienté, aimanté par l'Amour absolu. C'est donc dans la nature des choses que tout être, dans la droite ligne de son être, soit amoureux de Dieu par dessus tout. Même les lois abstraites sont soumises à cette attraction d'amour Cest pourquoi CHOURAQUI peut proposer cette traduction étrange : « Les rectitudes t'aiment ».
| A la lumière de cet élan naturel de l'homme vers Dieu, on peut comprendre que l'Eglise vienne à la rencontre de tout être humain dans son désir le plus essentiel : elle se voit comme « sacrement universel du salut ». Et la Vierge Marie, figure idéale de l'Eglise, est donnée par Dieu comme la mère de la grâce pour tout homme (Reine de l'univers ; cf Psaume 86). |
LE DESIR FEMININ – LE SACREMENT DU MARIAGE
Qu'est-ce, pour une fille, d'être en terminale A, de faire du tennis ou du pédalo, à ôté d'être aimée ? Qu'est-ce pour une femme, d'être boulangère ou ministre, conférencière ou caissière, ingénieur ou actrice, d'enseigner ou de faire la cuisine, à côté d'être aimée ? Toutes ces fonctions ou ces actions sont pour elle des vêtements, ou des compensations, et n'ont de prix réel que lorsque le désir profond est comblé : être aimée ! Or Dieu est Amour....Et le secret que Dieu réserve à toute femme, c'est que, en Marie, toute femme est pour Lui sa petite fille, sa mère et son épouse ! Le secret virginal du coeur de la femme -être aimée d'un amour total et définitif- est la correspondance créée, immédiate et mystique, du grand secret divin. Or, ce secret virginal, ce désir d'être aimé jusqu'au bout, est ce qu'il y a de plus précieux dans l'être féminin, et pour la femme, et pour l'homme. Parce que Dieu seul peut y répondre. En demandant Dieu à l'homme, consciemment ou inconsciemment, la femme aime l'homme jusqu'au bout, l'enveloppe, enfante en lui le Verbe. Qu'il soit son mari ou le prêtre.
L'Apocalypse s'achève ainsi :
| L'Esprit et l'Epouse disent viens ! Que celui qui entend dise : viens ! |
Oh oui ! L'Esprit et l'Eglise-Epouse disent au Christ-Epoux : « Viens ! » Et dans le secret virginal et nuptial du coeur de la femme, l'Esprit s'écrie vers le Christ-Epoux : « Viens ! » à travers le ministère d'amour de l'homme, sanctifié par le sacrement du mariage, « Viens ! » à travers le ministère d'amour du prêtre, qui a reçu le sacrement de l'Ordre pour donner à l'Epouse, de multiples façons, la présence sacramentelle de Jésus. La traduction littérale présente un ordre un peu différent :
PREMIER POEME
5. Je suis noire, mais belle.....comme les tentes de Qédar, comme les voiles de Salma
En fait, les tentes de Qédar sont des tentes de nomades, en poils de chèvres de couleur noire, salies encore par les intempéries ; les voiles de Salma sont sans doute les riches tentures, bien colorées, qui décorent l'intérieur du Temple ou du palais du roi Salomon. On peut donc facilement unir les deux images en parallèle : noire – tentes – beauté – voiles. La noirceur, ou le teint calciné de l'amante, peut avoir trois sens :
1. Premier sens : le péché. L'épouse a été infidèle à l'amour de son Dieu. Israël na pas su garder le terrain de sa vigne (la Terre Promise accordée par Dieu après la délivrance d'Egypte et la traversée du désert). Tout être humain participe à ce drame par le péché originel et ses péchés personnels.
2. Deuxième sens : les malheurs de l'exil. La conséquence du péché est l'éloignement de la demeure divine, l'esclavage dans la condition humiliante des vaincus (exil à Babylone).
3. Troisième sens : la souffrance pure, même sans péché. (On peut évoquer ici l'origine égyptienne de l'épouse de Salomon, dont le teint était naturellement basané). En ce sens la Vierge Marie est par excellence la Vierge noire, car sa beauté miraculeuse doit traverser l'horreur du péché, en communiant aux douleurs de la Passion pour le salut de tous les pécheurs. A travers les trois sens, il est possible de retrouver le mystère d l'Eglise, composée de pécheurs (1 et 2), mais sainte et souffrante (3). Cette Eglise marche dans l'obscurité de la foi, mais aussi dans la clarté de son infinie certitude.
La beauté de l'Epouse est plus radicale que sa noirceur. C'est sa beauté naturelle d'être créé par Dieu. Puisque Dieu n'a créé qu'un univers de bonté et de beauté, il contemple toutes ses créatures dans la lumière de cette splendeur initiale. Une autre beauté vient s'y ajouter: celle de la grâce du salut donnée par le Christ au prix de sa Croix. Jésus se présente ainsi son Eglise comme
une Epouse resplendissante, sans tache ni ride Eph 5, 27 |
à l'image de Marie. Dans tout le Cantique, d'ailleurs, on ne trouve pas un seul reproche de l'Epoux àl'égard de son Epouse. L'Eglise du Christ est la communauté des convertis, ceux qui ont lavé leur robe dans le sang de l'Agneau. Ceux qui ont fait l'expérience de la miséricorde du Seigneur évoquée dans le
| Psaume 50 : |
Les autres partenaires : les filles de Jérusalem représentent les nations en tant qu'elles se tournent vers la Révélation avec sympathie, selon a conscience droite qui habite le coeur humain. Elles sont invitées à ne pas s'attarder aux péchés de l'Eglise mais à regarder sa beauté (regard de foi).
Quant aux «enfants de ma mère» ce sont les mêmes nations en tant qu'elles s'opposent, malgré leur commune origine, au peuple choisi par Dieu. On peut dire aussi que les filles de Jérusalem sont les membres du peuple de Dieu, invités à prendre conscience de leur unité et de leur dignité mystérieuses symbolisées par l'Epouse.
Le soleil et la vigne : deux images reliées entre elles, et représentant un double sens, positif et négatif. Sous le soleil de Satan les hommes sont noircis par le péché, sous le soleil de Dieu ils offrent leur souffrance et leur vie. La vigne de Satan est la prison d'esclavage, celle de Dieu est le paradis de liberté. Le péché originel (solidarité dans le mal) est l'envers de la communion des saint (solidarité dans le bien). Tout ce passage nous invite à nous connaître nous-mêmes dans la lumière de la double Révélation (beauté-péché), à nous accepter sans complexe sous le regard de Dieu et des autres, amis ou ennemis. Il nous met dans l'attitude fondamentale de confession.
7. Dis-moi donc, mon Amour, mon pasteur adoré, Quel est ce pâturage où trottent tes brebis ? Où leur donneras-tu le repos de midi ? Car je n'ai plus envie d'aller vagabonder près des troupeaux voisins, avec tes faux amis.
Maintenant que l'Epouse a confessé sa faute et l'amour de son Dieu, elle a l'audace d'interpeller directement son Bien-Aimé. Elle l'appelle « mon Amour », littéralement « celui que mon coeur aime. Comme le demande le premier commandement, elle aime Dieu de tout son coeur, de toute son âme et de tout son esprit, donc de tout son être. Elle est décidée à suivre le chemin du Bon Pasteur, comme une brebis fidèle. Par l'unique question qu'elle lui pose dans tout le Cantique, elle lui demande de la guider. Elle ne veut pas retourner en arrière et vagabonder à l'aveuglette au gré de ses caprices (vagabonder est aussi traduit par « marcher voilée » : le résultat est le même il s'agit d'avancer sur une voie qui ne mène nulle part). Elle cherche vraiment des points de repère pour avancer sans se tromper. Les faux amis sont «les compagnons» au sens littéral. Le contexte permet d'y voir plutôt des rivaux, des concurrents du Christ, qui se prétendent les guides de l'humanité. En réalité, ils ne sont que des pseudo-Christs. Les vrais guides sont dans l'Eglise : les prêtres consacrés et envoyés par le Christ-Berger pour manifester au grand jour sa charité pastorale. Ils conduisent les brebis sur le juste chemin de l'initiation sacramentelle (voir le Psaume 22 : « Le Seigneur est mon berger .....»). Le pâturage évoque le royaume de Dieu. Le repos de midi symbolise la communion intime et définitive avec le Seigneur. Il peut prendre des formes variées : avec le Christ qui appelle (les disciples lui demandent : « Où demeures-tu ? » Jean 1, 38) ; avec le Christ mort sur la Croix à l'heure de midi ; avec le Christ ressuscité. Cette union commence dans le repos contemplatif, pendant la vie terrestre, et se réalise en plénitude dans le repos éternel de la vision béatifique.
Le choeur
8. Si tu l'ignores, ô toi la plus belle des femmes, tu n'as qu'à suivre à vue les traces du troupeau, tout en menant pour toi pâturer les chevreaux ; alors tu rejoindras le gîte des bergers.
Il semble que ce soient encore les filles de Jérusalem qui parlent ici, en choeur. Leur regard est positif puisqu'elles voient dans l'Epouse « la lus belle des femmes » De même l'Eglise peut être vue de l'extérieur avec ce regard d'admiration : « Vous avez de la chance d'avoir la foi ; l'Eglise a du courage, elle montre la voie, etc. » Parfois, ce sont des non-chrétiens qui, par leur recherche passionnée au seuil du mystère, poussent des chrétiens à retrouver la ferveur première et à se risquer vraiment pour la foi. L'âme, épouse du Christ, doit sortir d'elle-même pour se réaliser complètement. Ce qui implique une double démarche : suivre la voie commun («les traces du troupeau»), et pourtant ne rien perdre de sa personnalité («pour toi pâturer tes chevreaux») ; passer de « gardienne de vigne soumise au patron » à « bergère responsable d'un troupeau ». En termes bibliques, ce passage peut signifier le retour d'exil sur la terre de Palestine, Jérusalem. En termes chrétiens il faudrait plutôt dire, de manière symbolique, « tous les chemins mènent à Rome ! » Combien de baptisés, combien d'âmes droites extérieures à l'Eglise, ont reconnu un jour que là était leur demeure, le « gîte des bergers » (évêques, pape, successeurs des apôtres, bergers de l'Eglise) ? Après tant et tant de vagabondage sur des chemins sans issue, il fait bon pour l'enfant prodigue retrouver, dans l'audace e l'humilité de la foi, la maison de son enfance, l'Eglise catholique !
Lui
9. Ma bien-aimée, je la compare à ma cavale en exil, attelée aux chars de Pharaon !
10. Tes joues sont toujours plus belles entre tes pendentifs, comme est noble ton cou encerclé de chaînons,
11. Mais nous ferons pour toi des boucles en or massif avec pointes d'argent incrustées tout au fond !
Curieuse cette première prise de parole du Bien-Aimé ! Ne pourrait-il pas trouver une image plus adaptée que celle de la cavale ? En réalité, c'est encore un langage codé, dans le contexte de l'histoire biblique L'Epoux regarde son épouse en cette étape initiale de l'amour où elle doit passer de l'esclavage à la liberté. La loi de l'amour est toujours le mystère pascal. Souvenons-nous aussi que Salomon a commencé sa vie conjugale avec une épouse égyptienne ; et que Moïse lui-même a reçu une éducation égyptienne ! Une première interprétation pourrait souligner la force triomphante de l'image : dire « ma cavale » n'est-ce pas suggérer qu'elle appartient à l'armée des vainqueurs, celle qui a renversé Pharaon et toute sa cavalerie ? La plus belle de toutes les femmes est bien celle qui gagne le combat contre Satan. Un deuxième sens paraît plus évident : l'Epouse est toujours captive en Egypte. Elle est condamnée à tirer les chars de l'ennemi, comme elle l'était à garder ses vignes. Des anneaux, des colliers des bracelets de fer la retiennent prisonnière. Son Epoux lui promet alors la délivrance tout en voyant déjà sa beauté tragique au milieu de l'épreuve. D'où l'annonce très subtile de sa libération : ses chaînes elles-mêmes deviendront les ornements de sa beauté future ! Dans la joie ou dans le malheur, l'or n'est-il pas l'amour de charité, et l'argent la simplicité, l'humilité, l'esprit d'enfance ? L'Eglise en pélerinage sur terre est bien cette Epouse captive, en exil, dans un monde opressant. La Vierge Marie surtout, dans la dernière partie de sa vie, entre l'Ascension et l'Assomption, a pu vivre aussi, à sa manière, cette situation d'exil en attente du ciel.
Elle
12. Dans l'enclos familier où le Roi se repose, mon nard, embaumant tout, délivre son parfum.
13. Mon Bien-Aimé pour moi est un sujet de myrrhe posé toute la nuit dans le creux de mes seins.
14. Mon amant est pour moi une grappe de cypre aux vignes de la source où boivent les chevreaux.
L'enclos familier du Roi divin est d'abord l'enceinte du Temple. Par extension, tout endroit où e Christ, Temple vivant, peut se mettre à table avec le petit cercle de ses intimes : comme à Béthanie le jour où Marie (Madeleine ?) verse le parfum précieux sur ses pieds (Jean 12, 3 et Mat 26, 13) ; comme au centre de l'âme lorsqu'elle entre dans un grand recueillement. La Bien-Aimée, malgré son exil, se tient en communion profonde avec son Bien-Aimé. En donnant son parfum, elle donne surtout l'humilité de son coeur, puisée dans celle du Coeur du Christ. Puisqu'elle l'aime, Il vient en elle, Il habites son propre coeur. «Entre ses seins», Il est là comme «un sachet de myrrhe», c'est à dire comme un sachet de souffrance (la myrrhe de la croix et de l'ensevelissement).
L'amante ne cherche pas le plaisir égoïste. Elle épouse les souffrances de son Epoux bien-aimé, elle participe à sa nuit dans la mesure où elle médite sans cesse le mystère de la . Passion. C'est la seul voie pour parvenir un jour au «Repos de Midi» dans la joie de la Résurection.
La dernière image combine la vigne et le troupeau. La source d'En-Gaddi (traduction littérale) est un lieu escarpé au bord de la Mer Morte, sur la côte ouest. Son nom signifie exactement «la source des chevreaux», d'où la traduction en clair ci-dessus. Le sens des deux dernier vers est le suivant : l'odeur très forte de son époux (des grappes de cypre) envahit l'être intérieur de l'épouse . Ce n'est plus elle qui donne son parfum mais Lui. En réalité, elle découvre qu'elle ne tient son parfum que du sien ! Au fond d'elle-même, elle est aussi bien vigne et source grâce à
L'amour de Dieu répandu dans nos coeurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné (Rom 5, 5) |
Duo :
15. Te voici toute belle, ô toi, ma bien-aimée ! Tes yeux sont des colombes et tu n'es que beauté !
16. Et toi, mon Bien-Aimé, tu es si merveilleux ! Ta beauté n'est que charme et ton goût délicieux ! Notre lit, c'est un monde enchanté de verdure !

On entre maintenant dans un duo d'amour, un beau concerto à deux voix entre Lui et Elle. Ils sont fascinés mutuellement par leur beauté. Le dialogue d'amour entre Dieu et l'âme suppose cette « philocalie », comme disent les orientaux, c'est-à-dire cet «amour de la beauté». La beauté de la petite créature dépend entièrement de celle de son créateur : elle la reçoit de Lui par création de son être, et aussi par renouvellement de la grâce rédemptrice en Jésus son Sauveur.
Les «yeux colombes» disent la beauté spirituelle du regard. Ayant accueilli l'Esprit-Saint dans la foi, la bien-aimée est illuminée de l'intérieur, dans son intelligence, dans son coeur. Elle devient capable de discerner la beauté du Christ. Ses yeux voient spirituellement les réalités spirituelles. L'admiration de l'épouse pour son Bien-Aimé est sans borne. Beauté supérieure (Psaume 44, 3) et bonté savoureuse (Psaume 33, 9) se conjuguent dans la sagesse d'amour. La création toute entière participe à la célébration de cet amour. Rien de renfermé, tout s'épanouit au grand air dans la Palestine retrouvée après le retour d'exil ! Les matériaux du Temple (cèdres et cyprès) font de la nature le Temple universel. Mais un autre temple se profile à l'horizon : celui de l'Eglise, fait de pierres vivantes, d'institutions humaines, de moyens divins. Le lit de l'alliance nuptiale semble être d'abord la fine pointe de l'âme, le fond de sa conscience où se reflète la lumière éternelle. La verdure n'est rien d'autre que l'épanouissement des dons et des fruits spirituels sous l'influence de la grâce. Et le sein de Marie est le lit dans lequel la nature humain a été unie pour toujours à la nature divine !
17. Le poutres sont de cèdres aux toits de nos abris, Les cyprès s'y ajoutent en guise de lambris.
Maintenant, c'est le Bien-Aimé qui parle. En précisant que « notre maison » (traduction littérale rendue par « nos abris ») est composée de bois odoriférants et imputrescibles (cèdre). Il semble évoquer le Temple, la Maison du Père. Alors que la Bien-aimée offre sa demeure terrestre, il offre, Lui, à celle qu'il aime, sa maison d'éternité. La grotte, dans les environs de Bethléem, est bien le lieu de rencontre du ciel et de la terre. Elle ouvre l'espace sacré du rendez-vous pour tous les amoureux de Dieu. Dans l'âme accueillante à l'amour, comme dans le coeur et le corps de la Vierge Marie, Dieu construit secrètement une résidence pour des noces éternelles.
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Commentaires
O Saint Esprit, Tu es venu, ainsi que notre Seigneur nous l'avait promis...
Tu es là... Je te vois, je te sens, et mon âme baigne dans Ta lumière.
Tu étends tes ailes sur toute chose, et tu sèmes. Cailloux et rocailles, bords des chemins et terres arides, c'est pour votre malédiction que sècheront les graines que vous n'aurez pas accueillies. Et vous, terres grasses et joyeuses, champs généreux, exultez de joie en Dieu notre sauveur, car voici : le Seigneur de toute vie a tenu Sa promesse et nous abreuve de Ses bienfaits.
Et vous ouvriers de Dieu, exultez de joie, car la Vie Elle-même vous a choisis pour accueillir Ses dons.
Et moi, j'appelle sur vous tous, les bénis de Dieu, lumière, sagesse, amour et compassion. Et que chaque jour de votre vie soit sous la protection de Celui qui donné Son fils unique pour nous racheter du mal et du maudit.
Bénissez le Seigneur, enfants de Dieu, et glorifiez-le pour Son infinie bonté.
Ecrit par : Jean Manaus | 03.09.2009
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